Le mot d’Audrey


Chaque semaine, cette professeure de yoga passionnée d’écriture se met à nue et philosophe pour le Namas’mag sur un sujet qui lui tient à cœur. Aujourd’hui, elle a choisi de nous parler de vulnérabilité et se livre à nous avec émotion et poésie. Inspirant.


Vulnérabilité, notre force invisible


« Des vagues de frissons déferlent et tout devient fragile soudainement. Nous sommes là… parfois bouleversés. Dans la paume de nos consciences, nous nous abandonnons à nos sensations. La présence de notre souffle nous berce, tandis que la texture de l’émotion recouvre doucement notre peau. Nus dans l’âme, l’esprit ouvert... nos émotions nous transportent. Nous avons tous une partie de nous qui se sent pleine de besoins, de peurs, de doutes, de colères, de tristesse. Peur de tomber, peur du vide, peur d’échouer, peur de ne pas être « assez ». C’est ainsi que nous allons naturellement à la croisée d’un message portant sur nos vulnérabilités. Elles se situent au cœur notre être. Au cœur de nos forces, de nos fragilités. Elles doivent consciemment se protéger des prédateurs. Mais elles doivent aussi être invitées dans l’intimité de nos expériences, toutes premières marches de l’escalier de notre cheminement.


« Je suis vulnérable mais je vis ». À la frontière de l’authenticité, je repense à cette phrase énoncée par une personne croisée sur mon chemin. Cette personne m’avait touchée par ses mots, par sa transparence, par sa résilience. Elle m’avait émue de lucidité… m’avait bouleversée de vulnérabilité. Elle admirait la beauté d’une rose dans le jardin jouxtant la résidence où elle séjournait, avec un large sourire. Elle me contait son histoire avec véracité. Cette vulnérabilité lui a donné le courage de faire tomber la carapace, lui a permis d’être authentique, en faisant sauter le verrou d’une intimité soustraite. Ce courage, cette force ont forcément rencontré ma propre vulnérabilité, créant une empathie et donnant de la profondeur à la relation. Lorsque l’avenir se rétrécit, le présent se redécouvre. La grande vulnérabilité peut faire explorer des champs de vie différents. Elle peut être une ouverture à plus d’humanité, à plus d’amour.


Dans un monde soumis au règne de la complexité, de la performance, rien ne paraît plus difficile que la vulnérabilité. On prendrait presque la vulnérabilité pour une fragilité. Pour certaines personnes, la vulnérabilité n'a rien d'attirant. Pourtant, c'est dans la vulnérabilité que réside notre sagesse, notre force. La vulnérabilité ne se cramponne pas aux blessures, à la possession, à la réputation, parce qu’elle ne se sent pas obligée de tout résoudre. La vulnérabilité consent à s’en remettre parfois à l’autre. La vulnérabilité ignore l’égo. La vulnérabilité ne cherche pas à avoir raison. La vulnérabilité nous libère des pensées superflues, épuisantes. La vulnérabilité est vérité. La beauté de la vérité est tellement simple qu’elle opère comme une alchimie.


Viser la vulnérabilité et l’offrir en partage est un joyau dont la fragilité révèle la force. En cette époque particulièrement déstabilisante, il semblerait que nous sommes appelés à apprivoiser cette vulnérabilité qui résonne en nous. Depuis notre intimité, nos peurs, notre histoire, nos intentions premières. C’est oser être avec un simple sourire, oser se laisser émouvoir, oser dire ce qui nous habite, exprimer qui nous sommes, et l’offrir à l’autre. Accueillir ce qui nous est offert au quotidien comme étant juste et bon. Proposer notre réponse en toute simplicité sur le dessin d’un sourire ou d’une larme. Comme une invitation. Celle d’accepter d’être vulnérables face à l’imprévisibilité du moment. Impuissants face l’incertitude du monde qui nous entoure. Fragiles face à la vie sociale exposée aux changements.


Nous pouvons alors nous séparer officiellement de cette manière d’être plus superficielle pour s’envoler vers un enracinement plus authentique, plus vulnérable.


Alors vite, colmatons la brèche, apprivoisons notre vulnérabilité. Ne nous cachons plus derrière nos airs faussement empruntés. Oublions tout. Aux oubliettes la duplicité, lorsque la réalité se déguise. Mettons en avant l’innocence et l’intégrité de nos sourires. Ni vu ni connu, permettons à notre âme de cheminer vers la transparence, la limpidité. Laissons-nous VULNÉRABLES. »



Audrey Badin.

Découvrez son portrait ici !